Société des Antiquaires de Normandie

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Rapport (1946) - Recherche du dépôt d’objets de Falaise

mardi 18 novembre 2003


Dr Raoul DORANLO,
- Rapport du 10 avril 1945 sur les objets du Musée des antiquaires déposés à Falaise en 1941, B.S.A.N., t. 49 (1942-1945), 1946, p. 532-533 [séance du 5 mai 1945].


Extrait du B.S.A.N. :

Le secrétaire [R.-N. Sauvage] rappelle que, sur les instructions de la Direction des Beaux-Arts, avaient été déposées, le 22 décembre 1941, dans les caves de l’ancienne Sous-Préfecture, devenue Bibliothèque municipale de Falaise, 16 objets retirés du Trésor de la cathédrale de Bayeux et 18 objets de notre Musée, avec le « trésor d’Airan » dans sa totalité. Notre ancien président, M. le Dr Doranlo, a poursuivi, du 20 au 31 mars [1945] , la recherche de ce dépôt. Voici le texte du rapport qu’il nous a envoyé :

- « Les fouilles ont mis en évidence que les caisses en bois qui renfermaient ces divers objets ont été écrasées par la chute des matériaux effondrés par suite du bombardement du 7 juin 1944, et détériorées par les incendies qui en ont été la conséquence. Le dépôt a été exhumé sous un amas de matériaux de construction dont la hauteur dépassait deux mètres. Il occupait une superficie d’environ deux mètres de diamètre, ce qui, étant donné la dimension des caisses, indique que l’écrasement a, de plus, provoqué leur dispersion. La plus grande partie semble n’avoir été que peu atteinte par le feu ; cependant, sur la périphérie, un foyer qui a dû être très ardent, a fait disparaître ou fondre quelques-uns de ces objets, dont certains correspondent sans doute à divers lingots informes recueillis en cet endroit. Plusieurs, en outre, se sont trouvés tellement détériorés, morcelés en fragments indéterminables, que, seules, des personnes les ayant connus intacts, pourront, peut-être, en déterminer la provenance [...].

- « Des objets du Musée des antiquaires, sont reconnaissables : la coupe dite de Guillaume-le-Conquérant, très détériorée, le triptyque en émail de Limoges, très endommagé par le feu, une boucle de ceinturon en or, une épingle mérovingienne en or. Deux fibules en or à cabochons, dont l’une est brisée en deux fragments, une chaîne en or avec anneau et crochet, des fragments, en forme de triangles, boutons, zigzags, au nombre d’une vingtaine, une autre chaîne en or avec une petite capsule en forme de sonnette, un cône à cabochons (celui, sans doute, de Saint-Évroul), deux reliquaires à couvercles, l’un très endommagé, une série de tronçons de tubes provenant de croix processionnelles, avec les chrits qui en dépendaient, l’un brisé, enfin, un grand nombre de fragments, plus ou moins touchés par le feu et indéterminables. Mais il faudrait reconstituer ou déterminer ce qui reste d’un collier en filigrane, des 3 pièces du reliquaire de Saint-Évroul, d’une custode, d’un diptyque en bronze, d’un reliquaire à pied et des débris d’aiguilles, ressorts, boutons de ressort du trésor d’Airan. Aucun vestige n’a été retrouvé des torques d’or ni de l’anneau à intaille, ni des perles d’ambre, objets qui doivent a voir été fondus ou brûlés, sans qu’aucune trace en ait été retrouvée, bien que la terre ait subi deux criblages successifs. Cette terre a, d’ailleurs, été mise de côté, à cause de l’humidité qui la rendait compacte, en vue d’être à nouveau repassée au crible lorsqu’elle sera sèche. En résumé, la plupart des objets déposés, tous plus ou moins déformés et fragmentés, ont été retrouvés, certains n’ayant souffert que dans leur forme, par suite d’écrasement, les autres ayant été touchés plus ou moins gravement par un feu violent, et de ce fait, se trouvant dans un tel état de plus ou moins grande destruction qu’on ne peut espérer leur restauration, même relative. Enfin, quelques-uns, en plus petit nombre, entrés en fusion ou consumés par le feu, en particulier les cabochons des calices, sont totalement perdus. Les déblais de cette fouille ayant été réservés pourraient, d’ailleurs, être à nouveau examinés et criblés. La fouille a été faite sous ma surveillance personnelle et je n’ai jamais quitté les ouvriers pendant leur travail. Le criblage effectué à part a été également surveillé de très près.

"Fait à Falaise, le 10 avril 1945. Dr Doranlo."